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À fleur de peau

À fleur de peau est un travail d’autoportrait et de performance photographique. Émilie Danchin a choisi de donner forme au sentiment d’exister, par essence volatile et invisible. Elle a pris le parti d’une mise à nu sans artifice et de sa relation vivante et décalée aux vêtements pour mettre en scène ce que c’est être vulnérable et émue.

Émilie Danchin est attendrie par la couleur et la matière de la peau. Elles produisent en elle un léger renversement, qu’elle redouble grâce à la relation qu’elle entretient avec ses vêtements. C’est en suivant le cours organique des émotions intimées par la proximité du corps et de la peau, ressorties par l’intervention des vêtements, qu’Émilie Danchin accorde une impulsion à exister à ses élans romantiques dans une série d’images où le modèle, d’apparence immobile, s’incarne discrètement. Le corps face caméra, le contact de la peau et des vêtements sont porteurs d’émotions, de bribes de narration et de scénettes colorées. À chaque image, on s’arrête, touché par l’action de dénudement de l’artiste. Debout et précise, elle répète un geste dont l’élaboration délicate est devenue vitale.

Le traitement des images, les changements de focale et de distance, les double-expositions contribuent à façonner une image globale, chargée d’émotions et de temporalité. On voyage de façon instinctive dans l’histoire de la mode, celle de la peinture. On saute librement d’une époque à l’autre au travers des impressions de l’artiste et de la façon dont elle voyage avec ses vêtements et son corps dans sa propre mémoire intime, relationnelle et culturelle. On partage avec elle des moments de resserrement temporel, où elle se ressaisit de ce qui s’esquisse en elle et l’objective dans chaque photographie. Grâce au processus photographique, on assiste à des parts d’existence. Leur survenue ne lasse pas d’étonner. Le dehors du corps est présenté peu apprêté pour mieux abriter le dedans, qui transparaît. Traversé de rêveries et couvert d’émotions, sa singularité bouleverse parce qu’elle est en même temps le reflet d’un substrat culturel plus vaste, en dehors duquel nous ne saurions exister.

La construction formelle des photos est simple, répétitive, à l’identique. Pourtant, chaque photo est unique. Toutes se répondent édifiant un ensemble sur l’art d’exister. On peut le regarder comme une pièce de théâtre ou comme un tableau de type bruegélien ou boschien, dont la protagoniste demeure toutefois curieuse- ment seule. L’artiste est quasi extraite de tout contexte. Elle a le courage d’apparaître dans un espace blanc, dont le seul repère concret est le parquet. Au travers de ce détail, Émilie Danchin nous indique qu’elle travaille dans un espace privé. À fleur de peau n’est pas une œuvre formelle ou conceptuelle, dont la force proviendrait de la répétition d’un même geste et d’une idée ou de l’association attrayante du corps et des vêtements. Les vêtements sont d’ailleurs portés dans une certaine imprévisibilité, à l’aune des étoffes et des couleurs qui chamboulent le corps et l’âme de l’artiste. Émilie Danchin les revêt comme une seconde peau. Chaque image est le résultat de ce trouble et d’une performance, au cours de laquelle elle cherche manifestement à projeter une sorte d’événement inaugural, à chaque fois.

La quasi fixité de l’artiste, sa pudeur et la charge de son regard tendu vers l’objectif interpellent. Tout dans le dispositif indique que l’on assiste à un théâtre du regard un peu impassible difficile à supporter, dont les émotions et le rêve ne sont que la partie émergée. Il s’agit d’un théâtre périlleux, qui a exigé la mise en abyme du modèle. En effet, dans cette pratique de l’autoportrait, Émilie Danchin a choisi de se faire assister en partie lors de la prise de vue et elle sait qu’elle destine ses photographies au regard du public. Elle s’expose donc au regard d’autrui, mais à un regard qui est posé systématiquement de manière biaisée, différée ou technique. Dans ce travail, Émilie Danchin s’attèle à déployer les conditions de possibilité d’un regard absolu et se propulse au devant d’une scène relationnelle désertée et désertable. Elle s’y révèle en train de vivre et de rêver dans une forme de présence vive et palpable, malgré tout.

Émilie Danchin se produit dans un espace privé et de performance. L’amour, qui est en principe porté par la réciprocité des regards, est représenté de manière paradoxale, dans une forme d’absence préconçue. Le modèle prend du coup le risque d’être vu et réduit à un objet, à un fétiche, un support d’existence pour un autre, dont le regard n’est au fond symboliquement que tourné vers lui-même. Émilie Danchin soutient cette extrapolation expérimentalement en mettant en scène son impulsion à exister et à aimer, sous le regard d’un autre virtuel, autrement dit qui est invité dans le cadre du dispositif photographique à être là sans être là. Assistée techniquement dans son travail et en pleine création, elle se projette entièrement et sans construction préalable dans le geste photographique, pour survivre au danger de toute opération réductrice par le biais de la présence d’un autre dont le regard est inversé.

À fleur de peau est l’expression d’un geste audacieux et précis, celui d’oser exister librement et absolument car Émilie Danchin cisèle la possibilité d’apparaître dans l’existence au moyen de son propre regard et de la photographie exceptionnellement vivante. À fleur de peau est en ce sens un travail féministe car il n’y est pas question de séduction ou de captation sans borne du sujet dans un jeu de regard qui s’avèrerait suppressif. Émilie Danchin s’y dévoile entièrement dans une forme de construction subjective et fragile. C’est une véritable mise à nu. Elle semble traverser le temps, surmontant des formes d’empreinte relationnelle désastreuses grâce au tiers photo- graphique, renouvelant au passage et à sa façon, la tradition de l’autoportrait.

Remerciements à Mina Laporterie
Texte traduit en néerlandais et anglais dans la publication électronique et ci-dessous

À fleur de peau, livre photo d'Émilie Danchin (auto-édition, graphisme Catherine De Cocq, texte et photo Émilie Danchin) / couverture

À fleur de peau

Livre électronique, édition papier limitée disponible sur commande
Conception graphique Catherine De Cocq

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À fleur de peau, zelfportretten van Émilie Danchin

À fleur de peau is zowel een zelfportret werk als een fotoperformance. Émilie Danchin wil vorm geven aan het gevoel te leven, iets dat per definitie volatiel en onzichtbaar is. Ze koos ervoor om zichzelf en haar levendige en aparte relatie tot kledij onomwonden bloot te geven en te tonen wat het is om kwetsbaar en ontroerd te zijn.

Émilie Danchin is vertederd door de kleur en de materie van de huid. Die brengen bij haar een lichte kentering teweeg, die ze verdubbelt dankzij de relatie die ze heeft tot haar kleren. Ze volgt de organische loop van emoties die gedicteerd worden door de nabijheid van lichaam en huid en die door de interventie van de kleren naar boven komen. Daardoor verleent ze aan haar romantische geestdrift een impuls om te bestaan in een reeks beelden waarin het model, dat immobiel lijkt, zich discreet belichaamd. Terwijl het lichaam recht voor de lens staat, worden huid en kledij door hun contact dragers van emoties, flarden van verhalen, kleurige tafereeltjes. Elk beeld doet stilstaan en ontroert door de ontbloting van de kunstenares. Rechtop en expliciet herhaalt ze een gebaar waarvan de delicate uitvoering van levensbelang is geworden.

De behandeling van de foto’s, de verschillen in afstand en scherpte en de dubbele belichting dragen bij tot het vormen van een algemeen beeld dat beladen is met emoties en tijdelijkheid. Op een instinctieve manier reis je mee in de geschiedenis van de mode en die van de schilderkunst. Je springt vrij van het ene tijdperk naar het andere, via de impressies van de kunstenares en de manier waarop ze met haar kleren en haar lichaam een reis maakt door haar eigen intieme, relationele en culturele geheugen. Je deelt samen met haar momenten van tijdsvernauwing, waarin ze weer bezit neemt van wat zich in haar aftekent en dat ze in elke foto objectiveert. Dankzij het proces van de fotografie ben je getuige van stukjes leven. Hun onverwachte verschijning blijft verwonderen. Het uitwendige van het lichaam wordt ongekunsteld voorgesteld, om des te meer het inwendige, dat er doorheen schijnt, te beschermen. De bijzonderheid van het lichaam, doordrongen van mijmeringen en overladen met emoties, brengt een hevige beroering teweeg omdat ze tegelijk de reflectie is van een veel ruimere culturele onderlaag die noodzakelijk is om te bestaan.

De vormelijke opbouw van de foto’s is eenvoudig, repetitief, identiek. En toch is elke foto uniek. Ze staan allemaal in dialoog en vormen ze een geheel over de kunst van het leven. Je kan ernaar kijken als naar een toneelstuk of een soort boschiaans of bruegeliaans schilderij, waarin de protagonist vreemd genoeg alleen blijft. De kunstenares lijkt onttrokken van elke context. Ze heeft de moed om te verschijnen in een witte ruimte, waarvan de parketvloer het enige aanknopingspunt is. Via dat detail geeft Émilie Danchin aan dat ze in een private ruimte werkt. À fleur de peau is geen formeel of conceptueel kunstwerk, dat zijn kracht zou putten uit de herhaling van eenzelfde gebaar en een idee, of uit de aantrekkelijke associatie van lichaam en kledij. De kleren worden overigens op een min of meer onvoorspelbare manier gedragen, volgens de regels van de stoffen en de kleuren, die het lichaam en de geest van de kunstenares overhoop halen. Émilie Danchin trekt ze aan als een tweede huid. Elk beeld is het resultaat van die verwarring en van een performance waarbij ze elke keer opnieuw overduidelijk probeert om een soort inwijdingsgebeuren te tonen.

De quasi bewegingloosheid van de kunstenares, haar schroom en de lading van haar blik gericht op de camera beroeren. Alles in de opstelling wijst erop dat we getuige zijn van een theater van een wat onverstoorbare blik, moeilijk om dragen, en waarvan de emoties en de dromen slechts het topje van de ijsberg zijn. Het gaat om een hachelijk theater, dat de zelfverwijzing van het model noodzakelijk maakte. In de praktijk heeft Émilie Danchin voor dit zelfportret er inderdaad voor gekozen om hulp te vragen bij het maken van de foto’s en ze weet dat ze haar foto’s bestemt voor de blik van het publiek. Ze stelt zich dus bloot aan de blik van de ander, maar aan een blik die systematisch vooringenomen, verschillend of technisch van aard is. In dit werk wijdt Émilie Danchin zich aan de ontplooiing van de mogelijkheidsvoorwaarden van een absolute blik en stort ze zich in een verlaten en verlaatbaar relationeel schouwspel. Ondanks alles openbaart ze zich er terwijl ze leeft en droomt, in een vorm van een heldere en tastbare aanwezigheid.

Émilie Danchin treedt op in een performanceruimte die privaat is. De liefde, die logischerwijs steunt op de wederkerigheid van de blik, wordt op een paradoxale manier voorgesteld, in een vorm van vooropgezette afwezigheid. Daardoor neemt het model het risico om gezien te worden en gereduceerd tot een object, een fetisj, een drager voor het leven van een ander, wiens blik uiteindelijk alleen maar naar zichzelf gericht is. Émilie Danchin steunt die extrapolatie op een experimentele manier door haar drang om te leven en te beminnen in scène te zetten onder de ogen van een virtuele ander, die met andere woorden uitgenodigd wordt in het kader van de fotografische opstelling om er te zijn, zonder er te zijn. Technisch ondersteund in haar werk en te midden van het creatieproces, gooit ze zich volledig en zonder voorafgaand opzet in het fotografische gebaar om het gevaar van elke reducerende ingreep door de aanwezigheid van een ander van wie de blik omgekeerd is, te overleven.

À fleur de peau is de uitdrukking van een gedurfd en precies gebaar, het gebaar van vrij en absoluut te durven leven: Émilie Danchin beitelt de mogelijkheid om in het leven te verschijnen door middel van haar eigen blik en van buitengewoon levendige fotografie. In die zin is À fleur de peau een feministisch werk, omdat er geen sprake is van verleiden of grenzeloos vastleggen van het onderwerp in een spel van kijken dat onderdrukkend zou blijken. Émilie Danchin ontsluiert zich volledig in een vorm van structuur die subjectief en fragiel is. Het is een echte blootstelling. Het lijkt alsof ze door de tijd reist en relationele afdrukken in rampzalige vormen overstijgt dankzij de aanwezigheid van een andere partij, de fotografie, terwijl ze ondertussen op haar eigen manier de traditie van het zelfportret nieuw leven inblaast.

Skin-Deep, series of self-portraits by Émilie Danchin

Skin-Deep is a work of self-portraiture and photographic performance. Émilie Danchin has chosen to give shape to the sense of existing, which is intrinsically volatile and invisible. She has chosen to expose herself without artifice and her animated, offbeat relationship with clothes to show what it is to be vulnerable and emotional.

Émilie Danchin is moved by the colour and substance of skin. This perturbs her slightly, intensified through her relationship with her clothes. By following the organic course of the emotions intimated by the proximity of the body and the skin, brought out by the intervention of the clothes, Émilie Danchin encourages her romantic impulses in a series of images where the seemingly immobile model discreetly portrays herself. The body in front of the camera, the touch of the skin and the clothes carry emotions, snippets of narratives and colourful scenes. At each image, we stop, moved by the artist's action of stripping. Standing upright and precise, she repeats a gesture the delicate elaboration of which has become crucial.

The processing of the images, changes of focal length and distance and double exposures help shape a global image, charged with emotions and temporality. We travel instinctively through the history of fashion and painting. We jump freely from one era to another through the artist's impressions and the way she journeys with her clothes and body through her own intimate, relational and cultural memory. We share with her moments of temporal constriction, where she recaptures what is sketched within her and objectifies it in each photograph. Through the photographic process, we witness parts of existence. Their occurrence never ceases to amaze. The exterior of the body is presented poorly prepared to better house the inside, which shows through. Its singularity is full of dreams and emotions, and it is overwhelming because it is at the same time the reflection of a larger cultural substratum, outside of which we cannot exist.

The formal construction of the photos is simple, repetitive, identical. Yet each photo is unique. They all respond to each other, building up a whole on the art of existing. It can be seen as a play or as a Bruegelian or Boschian painting, in which the protagonist remains curiously alone. The artist is almost removed from any context. She has the courage to appear in a white space, whose only concrete reference point is the floor. Through this detail, Émilie Danchin indicates that she is working in a private space. Skin-Deep is not a formal or conceptual work, whose strength comes from the repetition of the same gesture and idea, or the appealing association of body and clothes. The way the clothes are worn is somewhat unpredictable, in light of the fabrics and colours that turn the body and soul of the artist upside down. Émilie Danchin wears them like a second skin. Each image is the result of this disorder and of a performance, during which she clearly seeks to project a kind of inaugural event each time.

The virtual fixity of the artist, her modesty and the charge of her gaze looking straight at the lens are appealing. Everything in the set-up indicates that we are witnessing a stage for the gaze that is somewhat impassive and difficult to bear, of which the emotions and the dream are only the tip of the iceberg. It is a perilous stage, which required the mise en abyme of the model. In fact, in this practice of self-portrait, Émilie Danchin has chosen to be partially assisted during the shooting and she knows that she intends her photographs to be seen by the public. She, therefore, exposes herself to the gaze of others, but to a gaze that is systematically biased, delayed or technical. In this work, Émilie Danchin sets out to deploy the conditions of the possibility of an absolute gaze and propels herself to the front of a deserted and ‘desertable’ relational scene. She exposes herself living and dreaming in some form of lively and tangible presence, despite everything.

Émilie Danchin performs in a private and performance space. Love, which is in principle conveyed by reciprocal gazes, is represented paradoxically, in a form of preconceived absence. The model thus runs the risk of being seen and reduced to an object, a fetish, a medium of existence for someone else, whose gaze is only symbolically inward-looking. Émilie Danchin supports this extrapolation experimentally by staging her urge to exist and to love under the gaze of a virtual other, in other words, one who is invited within the framework of the photographic device to be there without being present. Assisted technically in her work and the midst of creation, she projects herself entirely and without previous definition into the photographic gesture, to survive the danger of any reductive operation through the presence of someone else whose gaze is inverted.

Skin-Deep is the expression of a bold and precise gesture, that of daring to exist freely and absolutely, for Émilie Danchin identifies the opportunities to appear in existence using her own gaze and exceptionally vivid photography. Skin-Deep is in this respect a feminist work because it is not a question of seduction or of endlessly capturing the subject in an exchange of looks that could prove suppressive. Émilie Danchin is fully revealed in a form of subjective and fragile construction. She lays herself bare. She seems to cross time, overcoming disastrous forms of relational imprinting thanks to the photographic third party, renewing in the process and in her way, the tradition of self-portrait.