Série photographique, 2005

L’Amour c’est… « la disposition favorable de l’affectivité et de la volonté à l’égard de ce qui est senti ou reconnu comme bon, diversifiée selon l’objet qui l’inspire » et « l’inclination envers une personne, le plus souvent à caractère passionnel, fondée sur l’instinct sexuel mais entraînant des comportements variés » (Petit Robert).

Dans un contexte occidental de désenchantement sentimental et d’hyper-médiatisation des comportements « marginaux », on présente les minorités en s’attachant à ce qui les discrimine. Autrement dit, on ne montre que ce qui les distingue. Ce faisant, on les enferme dans des catégories spécifiques ne leur offrant qu’un espace réduit de parole autour de leurs « déviances », ce qui finalement ne fait que renforcer le sentiment de différence ou d’exclusion.

En réalité, il n’est jamais question de partir d’une communauté « marginale » et de faire le pont vers une communauté plus vaste. Au contraire, par un effet pervers ou volontaire, on donne le change à l’homophobie en stigmatisant l’identité gay et ses comportements sexuels. Ce faisant, on porte constamment atteinte au droit à la protection de la vie privée, c’est-à-dire au droit d’échapper aux intrusions d’autrui dans ce qui ne regarde que soi et en particulier ses préférences sexuelles. Et finalement, quand on y songe, ne répugne-t-on pas à toute possibilité d’identification à la communauté gay ?

Dans cette perspective, il m’a semblé pertinent de rencontrer la communauté homosexuelle sur le terrain de l’amour au travers d’une série de portraits lors d’ « entretiens photographiques ». C’est précisément sur ce terrain qu’elle est couramment sollicitée à cause de ses orientations sexuelles, voire poursuivie par le spectre du libertinage couramment associé à celui du sida.

J’ai eu envie d’une entrée en matière profondément humaine dans cette communauté en dehors du milieu, au détour de dialogues intimes sur le thème infini des amoureux de Peynet car elle soutient à mes yeux le paradoxe magnifique d’une hyper-vitalité sensuelle et d’une quête éperdue de romantisme.

Demandant à des personnes gays autour de 40 ans de décliner leur états d’âme par rapport à l’amour et non leur orientation sexuelle et évoquant au passage leur communauté, je me suis dit qu’elles pourraient être vues entières. Elles nous donneraient l’occasion de nous laisser gagner comme à la lecture d’un roman, par ce qui nous regarde universellement et ce qui sentimentalement nous bouleverse…

Parallèlement, j’ai dressé le portrait onirique d’une jeune comédienne, sorte d’archétype de la jeune fille amoureuse. Les photographies entre dormeur du Val et chaperon rouge sont aussi accompagnées d’un montage sonore entre rêve et réalité.

Concept, photographies, textes et entretiens sonores : Emilie Danchin
Montage son : Carine Zimmerlin, ingénieur du son
Une initiative de la Fédération des Associations Gayes et Lesbiennes francophone de Belgique
En collaboration avec avec Bruxelles Nous Appartient/Brussel behoort ons toe
Avec le soutien du Service de l’Education permanente – Direction Générale de la culture – Communauté française et de Amplus audio engineering & interactive multimedia production, rental & installation
Remerciements particuliers à : Camille Raverdi, François Sant’Angelo et Paul Decleire