L’analyse est l’expérience d’un lieu profondément ancré dans l’imaginaire où le temps n’a pas d’importance. Le transfert est toujours le lieu d’une tension dramatique, le désir d’investir positivement quelque chose de l’ordre du manque ou de l’ordre du râté. Et, ce faisant, si l’on plie et déplie ce noeud de désir, c’est aussi l’espace de la pulsion irrépressible de liquider ce sur qui on investit, c’est-à-dire ce sur quoi on a tellement buté.
C’est comme si l’on cherchait confusément à synthétiser l’histoire. Et lorsque elle se ramasse tout à coup dans un brusque surgissement d’image, c’est l’irruption du merveilleux. Le temps se resserre libérant les émotions et les sensations et l’on fait l’expérience d’une synthèse créatrice d’images étonnantes et familières comme sorties des rêves. Au détour du rythme des séances, on fusionne, défusionne. Parfois on est voyant. C’est terriblement efficace.

Dans le cadre de l’analyse chez Monsieur Pinterovic, c’est une sorte d’imago paternelle enfin palpée et acceptable, éminemment soulageante qui a surgi soutenue par son visage, nécessairement doublée de ce qu’elle a véhiculé de souffrance et de ressentiment. Et dans sa recherche de soulagement total, l’inconscient est donc implacablement tenté de la supprimer.

Ce que j’ai vu est un grand-père exemplaire et tous ses attributs dans son bureau plein de babioles et de livres. Son sourire bienveillant, la barbe blanche, tiré à quatre épingles, pantalon, chemise et gilet impeccable, sa chevalière, son inconditionnel accueil, une tendresse infinie. Un personnage souriant et câlin. Un vieux monsieur adorable éminemment intuitif proche des oiseaux. Un magnifique papy que jamais je ne voulais perdre.

Le temps oeuvrant, j’ai décidé de lui donner sa place dans mon bestiaire imaginaire comptant sur sa souplesse extraordinaire dans les relations aux êtres et leur inconscient. Je me suis donc adressée à l’homme et à quelques uns de ses patients et proches qui ont bien voulu se soumettre au dialogue inconscient…

Reportage chez M. PINTEROVIC, psychanalyste, 2004